+32 465 27 91 26 info@cridsinternational.org

01 Déc 2022

Dépenses militaire mondiale des puissances nucléaire : une augmentation au-delà des chiffres

par

Les dépenses militaires mondiales en 2020 sont estimées à 1.981 milliards de dollars, le niveau le plus élevé depuis 1988 – la première année pour laquelle le SIPRI dispose d’une estimation cohérente du total des dépenses militaires mondiales. Les dépenses militaires mondiales en 2020 étaient 2,6% plus élevées en termes réels qu’en 2019 et 9,3% plus élevées qu’en 2011. La charge militaire mondiale.

les dépenses militaires mondiales en pourcentage du produit intérieur brut mondial – a augmenté de 0,2 point de pourcentage en 2020, à 2,4%. Cette augmentation est en grande partie due au fait que la plupart des pays du monde ont connu de graves ralentissements économiques en 2020 liés à la pandémie de Covid-19, tandis que les dépenses militaires ont continué d’augmenter dans l’ensemble. Les États-Unis et la Chine sont les plus avancés.

L’édition 2021 du rapport annuel « Military Balance », publié par l’institut britannique IISS, évoque pour sa part des dépenses militaires mondiales record. Ces dépenses ont atteint, selon lui, 1 830 milliards de dollars l’an dernier, soit une progression en termes réels de 3,9 % par rapport à 2019, « malgré la pandémie due au coronavirus et la contraction consécutive de l’économie mondiale », a expliqué l’Institut international d’études stratégiques, qui fait autorité en la matière. En proportion du PIB, ces dépenses mondiales passent ainsi, pour la première fois, selon l’IISS, tout juste au-dessus de la barre des 2 %, la plupart des pays ayant maintenu leurs budgets militaires malgré la contraction de leurs économies provoquée par les politiques de lutte contre le Covid-19. La rivalité entre les Etats-Unis et la Chine a clairement tiré les dépenses à la hausse. Le budget de la défense américain a bondi de 6,3 % en 2020, celui de la Chine de 5,2 %. Les deux Etats pèsent pour les deux tiers de la hausse des dépenses mondiales . Washington reste de loin le leader mondial, avec un budget de 738 milliards de dollars (+ 6,3%, soit 40,3% des dépenses mondiales). Vient ensuite Pékin, avec 193,3 milliards de dollars (+ 5,2%, soit 10,6 % du total). Ces deux pays se taillent donc la part du lion. 

Selon l’IISS, « [p]lusieurs pays ont ajusté leur budget militaire pour rediriger des fonds vers des aides de crise ou des mesures de soutien à l’économie ». « Toutefois, plusieurs autres ont simplement réduit ou différé la hausse des dépenses prévues plutôt que de les réduire ». Le rapport souligne aussi la croissance des capacités militaires chinoises, notamment dans la marine qui accroît considérablement sa flotte, marquant les prétentions territoriales de Pékin en mer de Chine méridionale. En Europe aussi, les dépenses de défense sont en hausse (+2 %), pour faire face notamment à la Russie considérée comme une menace croissante depuis l’annexion de la Crimée en 2014, mais de nombreux membres de l’OTAN sont toutefois encore loin de l’objectif d’y consacrer 2 % de leur PIB national en 2024, selon l’IISS. 

De l’augmentation des dépenses militaires à l’escalade d’une nouvelle course aux armes nucléaires ? 

Les neuf États dotés de l’arme nucléaire ont dépensé l’équivalent d’un peu plus de 66,5 milliards d’euros en 2019 pour maintenir ou étendre la capacité de ce dispositif, soit un budget en augmentation de près de 10% par rapport à 2018, a souligné en 2019 la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN). Selon le rapport de cette dernière, qui s’appuie sur plusieurs dizaines de sources différentes, l’enveloppe de 2019 a grossi de plus de 6 milliards d’euros en un an, en ligne avec la progression de l’ensemble des dépenses militaires. Les États-Unis ont toujours près de 5 550 de ces armes dans leur arsenal , et prévoient de dépenser plus de mille milliards de dollars pour les moderniser pratiquement toutes, ce qui représenterait près de la moitié des dépenses mondiales en armes nucléaires. La demande budgétaire du président américain Joe Biden pour l’exercice 2022 atteint 753 milliards de dollars de financement pour la sécurité nationale, une augmentation de 1,6% qui comprend 715 milliards de dollars pour le ministère de la Défense et 38 milliards de dollars non réservés au Pentagone. Bien que le document budgétaire ne précise pas où va cet argent, une grande partie de celui-ci est traditionnellement liée à la National Nuclear Security Administration, une agence semi – autonome du Département de l’énergie qui gère les ogives nucléaires. L’une des plus grandes questions auxquelles est confronté le budget de la défense concerne les dépenses nucléaires, en particulier autour de la dissuasion stratégique au sol et le remplacement des missiles balistiques intercontinentaux américains. 

Cependant, le budget militaire de la Chine, le deuxième du monde après celui des Etats-Unis, n’a augmenté que de 7,5 % en 2019, un ralentissement par rapport à l’année précédente. Ce taux de croissance est moins élevé qu’en 2018 (il était de +8,1 %). Pékin avait prévu de dépenser 1 190 milliards de yuans (177,6 milliards de dollars / 156 milliards d’euros) en 2019 pour sa défense, soit environ quatre fois moins que Washington, alors que les effectifs militaires chinois sont supérieurs à ceux des Américains et la population chinoise quatre fois plus nombreuse. Si, au cours des 25 dernières années, les dépenses de la Chine ont suivi de près la courbe de la croissance économique du pays, les investissements reflètent également l’ambition chinoise d’une « armée de classe mondiale ». 

Selon le rapport de la Défense américaine sur la Chine à destination du Congrès en 2020, la progression du budget militaire chinoise sera encore moins forte… Mais elle sera tout de même de l’ordre de +6,6 %. Dans le détail, l’Armée chinoise disposera donc d’un budget de 1 268 milliards de yuans [soit 163 milliards d’euros ou 195 milliards de dollars]. Il s’agit d’un chiffre « officiel », étant donné que le niveau réel des ressources dont disposent les forces chinoises pourrait être bien plus élevé. Le rapport 2020 estime que la Chine « doublera au moins » son stock nucléaire à environ 400 ogives et renforcera sa dissuasion nucléaire. « De nouveaux développements en 2019 suggèrent en outre que la Chine a l’intention d’augmenter l’état de préparation en temps de paix de ses forces nucléaires en adoptant une posture de lancement sur alerte avec une force élargie basée sur un silo. ». La Chine poursuit également sa propre version d’une triade nucléaire, avec des missiles balistiques à lancement aérien, en plus des ICBM. Les responsables du Pentagone estiment que la Chine disposera de 200 missiles intercontinentaux au cours des cinq prochaines années. 

Le cas de la France est à ce titre « exemplaire ». En juillet 2017, l’Assemblée nationale a adopté une loi de programmation militaire (LPM), pour la période 2019-2025, qui prévoit de consacrer la somme de 37 milliards d’euros aux forces nucléaires. Cette LPM lance la conception d’une nouvelle génération de systèmes d’armes nucléaires qui seront utilisés jusqu’en 2080 ! Il faut relever que le budget de cette LPM est en augmentation de 60 % par rapport à la précédente loi (2014-2019) qui était alors de 23,3 milliards d’euros. Ce bond en avant budgétaire est dû à la modernisation (maintien opérationnel des équipements) et au renouvellement (production de nouveaux systèmes d’armes et vecteurs) des équipements. À terme, ce sont plus de six milliards d’euros (le budget de la Justice étant supérieur d’un seul milliard) qui seront dépensés annuellement. Une somme qui va continuer de croître, car le processus de renouvellement s’étale sur une vingtaine d’années. 

L’aggravation des tensions entre les grandes puissances et les actions récentes de certains États dotés d’armes nucléaires – y compris le développement continu par la Russie d’une nouvelle technologie d’armes nucléaires, l’effondrement du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, la décision du Royaume-Uni d’augmenter le plafond ses ogives nucléaires et l’incapacité des États-Unis et de la Russie à s’entendre sur de nouvelles réductions nucléaires au-delà du traité de réduction des armes stratégiques (New START) – ont rendu un certain nombre d’observateurs sceptiques quant aux perspectives, voire à la faisabilité, du désarmement nucléaire. Le programme d’armement nucléaire avancé de la Corée du Nord et l’expansion de ses activités nucléaires par l’Iran au-delà des limites du Plan d’action global conjoint (JCPOA) s’ajoutent à la liste des défis. 

Parfois, les chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire, même quand on parle d’armes nucléaires. Par exemple, le Royaume-Uni qui a récemment annoncé qu’il augmenterait le plafond de son stock nucléaire de 225 à 260 ogives. Cette décision – décrite dans l’examen très attendu de la politique de sécurité et de défense de son gouvernement, Global Britain in a Competitive Age: The Integrated Review of Security, Defence, Development and Foreign Policy a largement surpris les experts en politique nucléaire.et inversé des décennies de réductions britanniques. Dans ses revues stratégiques publiées en 2010 et 2015, le Royaume-Uni a fixé un plafond de 225 ogives et s’est engagé à réduire le plafond de ses stocks à 180 ogives d’ici le milieu des années 2020.Le nouvel examen intégré porte le plafond des stocks nucléaires du pays à 260 ogives, soit une augmentation potentielle d’environ 15 % par rapport au stock actuel et de 45 % par rapport à l’objectif précédent. Chaque minute, les États dotés de l’arme nucléaire ont ainsi investi plus de 128 000 euros dans ce type d’armement, déplore la Campagne internationale ICAN. « C’est absurde », dénonce la directrice de l’organisation, Béatrice Fihn, qui regrette que ce financement n’ait pas plutôt été attribué à « la protection de la santé de leurs citoyens ». Selon les estimations d’ICAN, les dépenses américaines, britanniques et françaises sur l’armement nucléaire auraient pu financer, dans chaque pays, les salaires annuels de dizaines de milliers de membres du personnel de santé, plus de 100 000 lits pour des patients atteints du Covid-19 et des dizaines de milliers de respirateurs. 

La militarisation s’accélère à un rythme alarmant à un moment où elle devrait être considérablement réduite afin de relever les graves défis auxquels l’humanité est confrontée. Les tensions croissantes entre les puissances nucléaires et le potentiel disruptif de diverses technologies augmentent les risques nucléaires, affirment Névine Schepers et Oliver Thränert dans une étude du CSS de Zurich. Le monde est de plus en plus surarmé au détriment de la paix. D’énormes quantités de ressources vers le secteur militaire, laissant les besoins de base tels que l’alimentation, la santé, l’éducation, l’emploi et les défis environnementaux sous-financés. Le déséquilibre entre les budgets de défense et d’aide sociale ou au développement est frappant dans la plupart des pays. Pourtant, malgré la crise économique mondiale et une opinion publique générale opposée à la guerre et à la militarisation, il y a peu de signes réels que les gouvernements sont à ce stade prêts à opérer un changement radical dans les priorités de dépenses. Dans un rapport publié le 15 mars 2021, le SIPRI (Institut de recherche sur la paix internationale de Stockholm) note que début 2020, neuf pays (États-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Chine, Inde, Pakistan, Israël, Corée du Nord) disposaient d’environ 13 400 armes nucléaires, dont 3 720 étaient déployées avec des forces opérationnelles et environ 1 800 étaient maintenues en état d’alerte élevée. Le taux d’augmentation par rapport à l’année précédente est de 4,4%. Le SIPRI explique l’augmentation, entre autres, avec un renouvellement de l’arsenal nucléaire. Une autre raison est un sentiment de menace. Surtout, comme l’explique Alexandra Marksteiner, experte du SIPRI, il y a « les craintes perçues par les concurrents stratégiques Chine et Russie ». 

Adresse

Avenue du Chili 4/24, 6001 Marcinelle, Charleroi, BELGIQUE

Téléphone

+32 465 27 91 26

Horaire de travail

24/ 7 / 365

Copyright © 2024 | Privacy Policy

Site réalisé par ORYSGROUP